Depuis janvier 2024, Genève a profondément réformé l’imposition des familles séparées en garde alternée. Le splitting partiel remplace désormais l’ancien splitting intégral, afin d’assurer une réelle égalité fiscale entre les parents. Que vous soyez frontalier, résident ou membre d’une famille recomposée, découvrez ce qui change sur votre feuille d’impôt et comment bénéficier de ce nouveau dispositif, notamment à la source. Pour aller plus loin sur les avantages fiscaux du 3e pilier, consultez notre guide complet. Voici tout ce qu’il faut savoir pour bien comprendre le splitting fiscal à Genève cette année.

Splitting fiscal : que signifient « intégral » et « partiel » ?

Le splitting fiscal est un système suisse qui ajuste l’imposition selon la situation familiale. À Genève, on appliquait autrefois le splitting intégral pour certains parents en garde alternée, ce qui entraînait d’importantes disparités. Découvrez aussi les Avantages du 3e pilier A.

Splitting intégral : l’ancien modèle genevois

Le splitting intégral permet de diviser le revenu imposable par deux pour calculer le taux d’imposition d’un parent. Ce système s’appliquait automatiquement aux couples mariés et aux personnes seules avec enfants à charge. Cependant, dans les foyers séparés avec garde partagée, seul le parent au revenu le plus faible en bénéficiait, ce qui créait une certaine injustice. L’autre parent, pourtant également impliqué dans l’éducation et le financement de l’enfant, ne pouvait pas profiter de cet avantage, sauf dans certains cas spécifiques comme l’obtention d’une attestation employeur pour exonération.

Situation Système avant 2024 Ajustement de revenu imposable Effet fiscal
Célibataire sans enfant Pas de splitting Revenu total Taux complet
Parent séparé (garde alternée, revenu le plus faible) Splitting intégral Revenu / 2 Taux réduit
Parent séparé (garde alternée, revenu le plus élevé) Aucun splitting Revenu total Taux complet

Exemple concret : Un parent séparé gagnant 120’000 CHF en bénéficie, avec un taux d’imposition appliqué sur 60’000 CHF (donc nettement inférieur), tandis que l’autre parent doit s’acquitter de l’impôt sur ses revenus sans abattement particulier en raison de l’enfant. Les deux conservaient seulement 50 % des charges de famille et déductions, sans compensation.

Splitting partiel : comment fonctionne la nouvelle règle ?

Depuis 2024, le splitting partiel permet de corriger une inégalité pour les parents séparés ou divorcés partageant strictement la garde de leurs enfants. Désormais, chacun d’eux voit son revenu imposable divisé par 1,8 (soit une réduction d’environ 44 %) pour le calcul de l’impôt, ce qui correspond à un taux intermédiaire : plus avantageux que l’absence de splitting, mais moins que le splitting intégral. Pour en savoir plus ou obtenir un accompagnement pour votre déclaration, consultez notre site.

Pourquoi 1,8 ? C’est une moyenne statistique, qui vise à équilibrer plus pertinemment la charge fiscale entre les deux parents, tout en restant cohérent avec les autres cas familiaux (notamment les couples mariés). Cette méthode garantit, selon l’administration, une justice fiscale plus tangible et moins fluctuante en fonction des revenus respectifs, là où auparavant un simple changement de salaire pouvait modifier radicalement l’avantage du splitting.

Situation après 2024 Base de calcul Diviseur Avantage fiscal
Célibataire sans enfant Revenu total Aucun Non
Chacun des deux parents (garde alternée, sans pension) Revenu total 1,8 Oui (tous les deux)

Exemple : Revenus imposables de 120’000 CHF :

  • Sans splitting : Taux appliqué sur 120’000 CHF, environ 23 %.
  • Splitting intégral : Taux appliqué sur 60’000 CHF, environ 10 %.
  • Splitting partiel : Taux appliqué sur 66’667 CHF, environ 12 %.

Ce système harmonise l’avantage fiscal et le partage à la fois sur la charge d’impôt et les déductions.

Quels parents peuvent profiter du splitting partiel ?

Le splitting partiel ne s’applique pas à toutes les familles séparées ou recomposées. Seules les configurations suivantes peuvent y prétendre :

  • Séparation, divorce ou célibat, sans nouvelle union officielle, avec au moins un enfant mineur ou majeur (<25 ans, en formation) en commun.
  • Garde alternée parfaite confirmée par une décision judiciaire, acte (convention) reconnu, ou preuves équivalentes. La répartition du temps, du soin et des frais liés à l’enfant doit être certifiée à 50/50.
  • Pas de versement de pension alimentaire. Si une pension est versée (au sens large, même minime), la fiscalité applicable peut changer (répartition différente des charges et barèmes).
  • Pas de nouvelle union légale ou en vie commune déclarée avec un(e) autre partenaire (sinon application d’autres barèmes).
  • Respect de la déclaration annuelle : la garde et le partage des frais doivent être attestés chaque année, si nécessaire sur demande de l’administration fiscale.

D’après les sources officielles, cette réforme touche en réalité environ un sixième des familles séparées ou divorcées à Genève, c’est-à-dire celles pour lesquelles la garde et l’entretien sont strictement partagés. Pour en savoir plus sur le Choix forme juridique entreprise, consultez notre guide.

Répartition des charges de famille et déductions sociales

Au-delà du splitting, la réforme renforce aussi l’égalité sur les déductions sociales. Désormais, quel que soit le mode d’imposition ou le parent, les charges suivantes sont réparties à parts égales (50/50) entre les deux parents :

  • Déduction pour charge de famille pour chaque enfant concerné
  • Déductions pour frais de garde, assurance maladie, assurance vie
  • Déduction sociale sur la fortune
  • Frais médicaux des enfants

Cela évite aussi tout cumul ou oubli injuste : chaque parent ne peut déduire que la moitié (sauf situation dérogatoire reconnue).

Barèmes d’impôt à la source : comment sont-ils appliqués ?

Les travailleurs frontaliers ou résidents étrangers imposés à la source sont soumis à différents barèmes, en fonction de leur vie familiale. La réforme ne change pas les barèmes appliqués mensuellement, mais influe sur la régularisation annuelle.

Barème Profils concernés Description
A0 Célibataires, séparés, divorcés sans pension alimentaire, union libre/PACS Appliqué d’emblée pour la majorité des parents en garde alternée stricte sans pension. Valable aussi avec enfants issus du couple vivant ensemble sans mariage ou PACS suisse reconnu.
B0/B1/B… Mariés/partenariat, conjoint sans revenu ou fonctionnaire international Si le conjoint n’a pas de revenu propre ou s’il occupe une fonction internationale spécifique.
C0/C1/C… Mariés/partenariat, conjoint avec revenu (Suisse ou étranger) Tous les revenus du couple sont pris en compte pour l’imposition. Un plafond est appliqué si le revenu exact du conjoint n’est pas connu.
H1/H2/H… Familles monoparentales (vivant seul avec l’enfant à charge) Doit assumer seule toute la charge, sans partage ou pension de l’autre parent. Garde exclusive indispensable.

Point-clé : Lorsque la garde alternée est totale (sans pension), l’employeur applique toujours le barème A0. Le splitting partiel ne change rien au précompte sur le salaire. C’est lors de la déclaration annuelle (taxation ordinaire/TOU) que l’avantage splitting partiel prend effet.

Taxation ordinaire, impôt à la source et démarches : ce qu’il faut savoir

Pour les résidents genevois qui remplissent chaque année une déclaration d’impôt (taxation ordinaire), tout se fait automatiquement : l’administration applique le splitting partiel et partage équitablement les charges et déductions si la composition du foyer, la garde et l’absence de pension sont clairement établies. Pour en savoir plus, consultez Bien démarrer sa vie de frontalier.

Pour les salariés à la source (frontaliers & résidents étrangers), il y a démarche active obligatoire : il faut impérativement déposer une demande de taxation ordinaire ultérieure (TOU) à l’aide du formulaire DRIS/TOU, auprès de l’office fiscal genevois, avant le 31 mars de l’année qui suit. Cela permet d’obtenir la régularisation et l’application du splitting partiel — même en l’absence du critère classique des « 90 % de revenus imposés en Suisse » (situation validée par les textes récents en matière de garde alternée).

  • La TOU ouvre droit au splitting partiel et à la répartition des déductions familiales.
  • Le barème à la source ne change pas sur la fiche de paie. Le remboursement/rattrapage a lieu l’année suivante après traitement de la déclaration.
  • Il convient de rassembler toutes les attestations nécessaires (jugement, convention de garde, attestation frais réels et partagés, etc.).
  • La démarche doit être renouvelée chaque année, ou tant que les enfants restent mineurs/en formation ou jusqu’à modification de la situation familiale.

Cas particulier du quasi-résident : nouvelle fenêtre offerte en splitting partiel

La réforme apporte une nouvelle flexibilité : désormais, les parents séparés en garde alternée égalitaire peuvent obtenir le statut de quasi-résident à Genève, ce qui leur donne accès à toutes les déductions prévues par le droit genevois, même s’ils ne remplissent pas exactement l’ancienne exigence des 90 % de revenus suisses. Cette mesure vise à éviter que des familles égalitaires soient pénalisées par la frontière fiscale. Pour en savoir plus sur l’accompagnement pour expatriation en Suisse, consultez notre site.

Selon certaines sources, la compatibilité de ce nouveau statut doit encore être précisée chaque année et exige une justification solide sur la garde et l’absence de pension. Renseignez-vous auprès de l’administration si votre cas le nécessite.

Origines et enjeux de la réforme : une question de justice fiscale

L’ancien système conçu autour du splitting intégral n’offrait qu’un semblant d’égalité : selon leur niveau de revenu, un parent séparé pouvait bénéficier durant des années d’une fiscalité très douce, puis perdre son avantage dès que sa situation financière changeait. Le système était jugé imprévisible, parfois stigmatisant.

La nouvelle loi (entrée en vigueur le 1er janvier 2024) s’inspire des recommandations du Tribunal fédéral et des études statistiques nationales. Elle reflète une évolution sociétale majeure : la majorité des parents souhaitent aujourd’hui partager équitablement éducation, frais et temps parental, quelle que soit leur situation économique.

  • Désormais, fiscalité et égalité parentale avancent main dans la main.
  • Le splitting partiel génère surtout une redistribution en interne : l’un paiera un peu plus, l’autre un peu moins, sans bouleverser l’équilibre budgétaire du canton.
  • Les déductions « de famille » sont protégées pour chaque parent, la prévisibilité et la clarté des démarches progressent.

En résumé : ce que doivent retenir parents genevois et frontaliers

  • Le splitting partiel (diviseur 1,8) est devenu la règle en garde alternée stricte sans pension, dès 2024.
  • Charges de famille et déductions sont partagées à 50 % par parent dans ce cas.
  • Le barème A0 reste d’application sur la fiche de paie, mais la régularisation s’effectue après dépôt du dossier de taxation ordinaire/TOU.
  • Les démarches sont annuelles et nécessitent preuve et anticipation.
  • C’est un progrès fiscal et social, offrant visibilité, égalité et simplicité pour tous ceux qui gèrent à égalité la parentalité après séparation.
Situation familiale Splitting applicable en 2023 Splitting applicable en 2024 Barème à la source Démarche particulière
Garde alternée sans pension Splitting intégral (1 parent) ou aucun (l’autre) Splitting partiel (1,8 pour les deux) A0 TOU obligatoire pour impôt à la source
Garde classique (un parent principal) Splitting intégral (parent ayant la charge principale) Splitting intégral (idem) H1, H2, etc. Selon cas

La réforme donne à chacun la possibilité d’aligner sa fiscalité sur la vraie vie familiale. Il reste recommandé de consulter les services fiscaux ou un spécialiste pour des cas particuliers, montages complexes ou des couples multinationaux.

Dans tous les cas, parents séparés et frontaliers genevois ont la possibilité de mieux piloter leur fiscalité, de répartir justement la charge de l’enfant et de prévenir toute mauvaise surprise en fin d’année. L’égalité parentale trouve aussi sa traduction sur la fiche d’impôt !